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L'Europe des lieux culturels producteurs d'énergie

Quand la transition énergétique prend racine dans les territoires

par Juliette Vernier

La transition énergétique est souvent présentée comme une question de technologies. Pourtant, partout en Europe, une autre dynamique est en train d'émerger. De nouvelles formes de coopération se construisent autour des infrastructures et les citoyens deviennent collectivement acteurs de la production et de la gouvernance de l'énergie.

Comme pour Green Kommon, des communautés d'énergie permettent à des habitant.es, des collectivités, des associations ou des entreprises de produire et de gérer ensemble une énergie renouvelable, en répondant à des objectifs qui dépassent la seule rentabilité économique : autonomie locale, solidarité, décarbonation, résilience des territoires.
 

Dans ce mouvement, les lieux culturels occupent une place singulière. Ils sont souvent des lieux de rencontre, d'expérimentation et d'engagement citoyen qui explorent de nouvelles manières d'habiter les territoires et de créer des communs. Aujourd'hui, cette dynamique s'étend naturellement à la question énergétique : produire une énergie locale et renouvelable devient une nouvelle manière de renforcer leur autonomie, de réduire leur empreinte carbone et de mettre leurs valeurs en pratique. C'est cette hypothèse qu'explore le projet européen CoPED, auquel participe Green Kommon. À travers huit Urban Living Labs (ULLs) répartis dans six pays européens, le projet accompagne des lieux culturels qui expérimentent des façons de construire des communautés d'énergie adaptées à leur contexte local.
 


1. Huit territoires, huit manières d'imaginer une communauté d'énergie


Les Urban Living Labs de CoPED sont loin de se ressembler. À Bakelit, à Budapest, le projet s'appuie sur un ancien site industriel dont les toitures offrent un important potentiel photovoltaïque. Die Bäckerei, à Innsbruck en Autriche, est un tiers-lieu culturel très ancré dans son territoire qui cherche à élargir son engagement aux questions énergétiques. Pour La Friche Belle de Mai, à Marseille, l'enjeu est de mobiliser un vaste écosystème de structures culturelles autour d'un projet collectif.

 

En Suède, IFÖ Center explore les possibilités offertes par un ancien complexe industriel partagé entre plusieurs acteurs publics, privés et associatifs. Aux côtés de Green Kommon, d'autres laboratoires, comme Bartók District (Budapest), Basis (Nord-Est de l’Italie) ou Hart van Zuid (Rotterdam), expérimentent encore d'autres configurations, mêlant coopératives citoyennes, collectivités, habitants et acteurs culturels.

Cette diversité constitue l'une des grandes richesses du projet. Elle montre qu'il n'existe pas un modèle unique de communauté d'énergie, mais une multitude de trajectoires qui s'adaptent aux réalités locales.
 

2. Les lieux culturels : une infrastructure sociale pour la transition énergétique
 

Les premiers enseignements de CoPED montrent que les lieux culturels disposent d'un atout rarement présent dans d'autres projets énergétiques : ils sont déjà des communautés où se rencontrent habitant.es, bénévoles, associations, collectivités ou entrepreneurs sociaux. Des relations de confiance se sont construites au fil des années et des habitudes de coopération existent déjà.
 

À Die Bäckerei (Autriche), cette communauté constitue le véritable point de départ du projet énergétique. Le lieu rassemble depuis plus de quinze ans des acteurs culturels, des initiatives sociales et des partenaires engagés dans les transitions. L'enjeu n'est donc pas de créer une communauté, mais de transformer une communauté culturelle en une communauté capable de produire et partager de l'énergie. À La Friche Belle de Mai, le défi est différent : avec près de 70 structures résidentes, le site bénéficie d'un écosystème particulièrement dense et le projet consiste à mobiliser cette diversité d'acteurs autour d'un objectif commun, tout en imaginant une gouvernance adaptée à un collectif de cette ampleur.
 

Ces exemples illustrent une idée essentielle : une communauté d'énergie ne se construit pas uniquement autour de panneaux photovoltaïques. Elle repose avant tout sur des liens sociaux, une vision commune et une capacité à coopérer dans le temps.
 

3. Il n'existe pas une seule porte d'entrée vers les communautés d'énergie
 

L'analyse comparative des huit Urban Living Labs met en évidence un enseignement majeur : les communautés d'énergie ne naissent jamais de la même manière. Si elles poursuivent des objectifs communs, les facteurs déclencheurs diffèrent selon les territoires.
 

Dans certains cas, le projet émerge d'une préoccupation économique, liée à la hausse des coûts de l'énergie et à la recherche d'une plus grande autonomie. La crise énergétique a ainsi renforcé la volonté de nombreux lieux culturels de développer des modèles plus résilients. C'est notamment le cas de Green Kommon, Bartók District ou IFÖ Center, où la réduction des dépenses énergétiques s'accompagne d'une réflexion sur de nouvelles formes de coopération locale. Cette dynamique peut également être renforcée par une opportunité technique : à Bakelit, les surfaces de toiture disponibles et la stabilité foncière constituent des conditions favorables, tandis qu'à Basis, l'installation photovoltaïque existante ouvre la voie à une réflexion sur le partage de l'énergie.
 

Ailleurs, c'est la communauté existante qui constitue le point de départ. Die Bäckerei et La Friche Belle de Mai s'appuient sur des écosystèmes culturels déjà structurés et mobilisables, que le projet énergétique vient prolonger. D'autres initiatives reposent avant tout sur la construction d'une coalition d'acteurs, comme c’est le cas pour Green Kommon, ou encore pour Bartók District, où la réussite dépend de la capacité à coordonner lieux culturels, coopératives, collectivités, copropriétés et habitants. Enfin, Hart van Zuid explore une approche davantage centrée sur la gouvernance territoriale et de nouvelles formes de coopération autour des infrastructures énergétiques.

Ces trajectoires montrent qu'il n'existe pas de recette universelle. Les communautés d'énergie culturelles peuvent émerger à partir d'une opportunité technique, d'une communauté déjà constituée, d'une coalition territoriale ou d'un besoin de renforcer la résilience énergétique d'un territoire. Chaque projet compose ainsi avec ses ressources, ses contraintes et les acteurs déjà présents.
 

4. Une Europe qui apprend de ses territoires
 

L'un des intérêts majeurs de CoPED est précisément de permettre cette mise en dialogue entre des réalités très différentes. Chaque Urban Living Lab fonctionne comme un laboratoire vivant, où sont testées des solutions adaptées aux spécificités locales. Certaines expériences mettent l'accent sur les coopératives citoyennes, d'autres sur les collectivités locales, d'autres encore sur les communautés culturelles ou les modèles économiques.

Cette diversité montre qu'il est possible de développer des communautés d'énergie selon des trajectoires multiples, sans chercher à reproduire un modèle unique à l'échelle européenne. Les lieux culturels apparaissent ainsi comme des terrains particulièrement féconds pour expérimenter ces nouvelles formes de coopération. En articulant création artistique, engagement citoyen et transition écologique, ils contribuent à inventer des modèles énergétiques plus locaux, plus participatifs et plus résilients.

5. Et maintenant ?
 

Si les premiers résultats de CoPED montrent que les communautés d'énergie culturelles ne sont pas seulement des projets techniques, mais avant tout des projets de territoire, ils révèlent également la complexité des transformations nécessaires pour les faire émerger. Accès au foncier, modèles économiques, financement, gouvernance, réglementation ou encore mobilisation des acteurs constituent autant de défis auxquels les initiatives doivent répondre.

C'est précisément l'objectif de CoPED : accompagner les lieux culturels dans cette phase de transition en créant un espace d'expérimentation et d'apprentissage collectif à l'échelle européenne. À travers le suivi des huit Urban Living Labs, le projet cherche à mieux comprendre les conditions qui favorisent l'émergence de communautés d'énergie culturelles et à développer des outils adaptés aux réalités locales.
 

Dans ce cadre, Green Kommon joue un rôle de facilitateur entre les différents laboratoires vivants, en contribuant à créer une communauté européenne. À travers les études de faisabilité, le suivi des ULLs et le développement de nouveaux modèles économiques, de gouvernance et d’organisation collective, Green Kommon accompagne les acteurs dans la construction de solutions adaptées et transférables.

Dans un prochain article, nous reviendrons sur les enseignements tirés des huit Urban Living Labs afin de mieux comprendre ce qui favorise (ou freine) le développement des communautés d'énergie culturelles en Europe.

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